Joël Bastard a été conçu par un marin breton décidé et une corsoise aux yeux noisette et aux cheveux noirs dans la cabine du Kiffa, un bananier en provenance de Rio de Janeiro, amarré pour quelques jours dans le port du Havre, fin 54.
Il vécu ensuite un temps au Petit Trianon de Versailles où il nourrissait les carpes de la reine Marie-Antoinette et jouait de l'harmonica assis sur un chasse essieu le soir lorsque les grilles du parc étaient fermées et que l'odeur des buis centenaires envahissait les couloirs sombres...
Après ces allées pavées de silence, Dakar, les moustiques, Fatou Mame qui le prenait dans ses bras et chaque matin un pêcheur sénégalais qui lui donnait un requineau comme jouet vivant a massacrer dans la poussière !
Retour en France, l'enfance et les années passent en divers points de la banlieue parisienne, autour de la tour Eiffel, parmi ses collections de portes-clés et de timbres, avec ses trois soeurs et des Bengalis en cage...
Aux grandes vacances, très souvent, il écoute ses oncles et son grand-père qui la main sur l'oreille improvisent et chantent des nuits entières en buvant du vin rouge après la tonte des brebis au baracon de Corsoli, lors d'une foire aux bestiaux au col de Pratu ou lors d'un baptême à San Lorenzu...
Voilà pour la Corse. Pour ce qui est de la Bretagne, il entend l'accent têtu de sa grand-mère au moulin de Min Dein, cette femme qui pouvait étouffer à mains nues, tout en souriant de travers, deux pigeons pour le repas de midi. Et surtout, il voit son père danser gravement dans une grange de Plourac'h, à l'aube d'un fest noz, tout en buvant lui aussi du vin rouge...
Définitivement marqué par ces deux manières de boire, de danser et de chanter, il se met dans un premier temps à jouer au rugby autour du jet d'eau de Genève, habitant là aussi en divers points de cette nouvelle banlieue. Après un mauvais placage sur un joueur Irlandais et massif, il range ses crampons et part en Provence où il peint des choses lyriques sur des toiles faites maison durant quelques années...
Puis, il abandonne ses brosses et ses tubes au soleil par manque de génie pour devenir fakir et cracheur de feu à Montréal, Bruxelles, Paris...Tandis que l'écriture ne lâche pas sa main depuis l'adolescence...
Grâce à Guillaume Apollinaire, Jean Follain et bien d'autres, il découvre la poésie...Alors, il lit et écrit tout et n'importe quoi, sur tout et n'importe quoi ( car peu importe quoi...la curiosité l'emportera comme la vie ! ), des nouvelles, des paroles de chansons, des oratorios, du théâtre, et des poèmes toujours...
Depuis, une longue phrase anime ses jours. Enfin, un matin d'été dans un village de l'Ain, il a vu sous sa fenêtre un jeune homme de 19 ans en slip orange vif et qui jouait de la trompette, pieds nus dans la rue, c'était Erik, son voisin d'étage.
Déjà à l'époque ils improvisaient ensemble, le jeune homme au piano et lui au stylo. Il dit oui à la proposition d'Erik, 25 ans après l'avènement du slip musical ! Pour Ecritures de concert avec Malcolm Braff. Il dit oui, car il se souvient des improvisations de sa famille restée dans la Castagniccia la main sur l'oreille. Il dit oui, car il se souvient d'un merveilleux concert de Malcolm avant de le rencontrer de vives mains. Il dit oui, car Erik lui plaît !Et lui plaît le risque de la poésie...
Après mille petits métiers comme dit la chanson...Il se consacre depuis les années 2000 entièrement à l'écriture, du moins il essaye !Ses poèmes sont édités principalement dans la collection blanche des Editions Gallimard.
Bio-bibliographie complète de Joël Bastard, sur son blog |